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A - La vie décrite par Anonymus (vers 920)

La Vie la plus ancienne de St Josse, apôtre du Ponthieu au 7e s.

Traduction littérale provisoire de la Vita prima de St Josse rédigée vers 920 d'après l'édition nouvelle qui sera éditée par H. Le Bourdelles à partir de 19 manuscrits. La numérotation des chapitres garde celle de dom Mabillon, et de J. Trier. On a ajouté une numérotation de paragraphes.

Incipit prologus de vita iudoci sacerdotis  -  Prologue

1. 1.1 Nobilissimis AECCLESIAE DEI FILIIS dulcissimisque IN XPI CARITATE FRATRIBUS EGREGII PATRIS IUDOCI rnonasterio consistentibus laus dei gloriosa et salus a dornino multiplicetur aeterna. 1.1 Très nobles fils de l'Eglise de Dieu, très chers frères dans l'amour du Christ, qui vivez ensemble dans le monastère de notre excellent Père Josse, jouissez de la gloire et de la louange de Dieu, possédez en abondance le salut éternel qui vient du Seigneur.
1.2 Petitionem quidem vestram, fratres, minime denegare volens qua me vitam vel actus beati iudoci sacerdotis secundum narrationum vestrarum exempla scribere rogastis, hoc opus omnem parvitatis meae sensum exsuperans valde trepidus adgredior pertractans videlicet quo iure curn sim tardus eloquio preclaras tanti viri virtutes explanare incipiam. Sedenim cum inclita sanctorum patrum gesta recolimus eorum nos proculdubio tuitione muniri confidimus. Idcirco etiam egregia huius sancti patris rnerita devotione communi precari dignum ducimus, quatinus eius obtentu rusticitatis nostrae sermo suffultus, quanto longius ad illius explanandas fuerit porrectus virtutes, tanto utique levius faciliusque in actuum bonorum eius textum roboratus incedat. Quod eodem sancto suo impetrante ipse prestare utinam dignetur dominus noster ihs Xps cui est cum patre et spiritu sancto gloria et imperiurn, honor et potestas per immortalia saecula saeculorum amen. 1.2 Je ne veux point refuser votre requête, puisque vous m'avez demandé de rédiger la vie et les actions du saint prêtre Josse en suivant le modèle présenté par vos récits. Mais j'aborde ce travail avec beaucoup de crainte, car il surpasse la faiblesse dont j'ai conscience, lorsque je me demande de quel droit je vais entreprendre d'exposer les vertus éminentes d'un si grand homme, alors que je manque de facilité pour m'exprimer. Mais lorsque nous nous remémorons les faits illustres de la vie des saints Pères, notre foi en leur protection nous fait surmonter le doute. C'est pourquoi, dans une commune piété, nous pensons devoir prier pour bénéficier des mérites de ce saint Père, pour que son aide vienne voiler la rusticité de notre style, et pour que, plus nous avancerons dans le récit de ses vertus, plus grande, pour le moins, sera notre facilité à aborder fermement le livre que nous composons de ses grandes actions. Sur la requête de ce saint, de son saint, puisse Notre Seigneur Jésus-Christ daigner nous l'accorder, lui qui partage avec le Père et le Saint Esprit. la gloire et le règne, l'honneur et le pouvoir pour les siècles des siècles. amen.
2. 2. [ORDITUR ACTUS FAUSTISSIMI IUDOCI PRESBITERI] (Incipit vita sancti iudoci confessoris) 2. Vie de saint Josse
2.1 Reverentissimus [enim] dei famulus i u d o c u s [iudochus] nomine ex regia britonum natione oriundus fuit. cuius pater iuthail regnum eadem in gente temporibus vitae suae tenens filio suo iudichail [iudicail] fratri videlicet beati iudoci regni gubernacula dereliquit post obitum. 2.1 Le vénérable serviteur de Dieu nommé Josse naquit dans une famille royale des Bretons. Son père Juthael fut roi de ce peuple pendant sa vie, et, après sa mort, laissa le pouvoir royal à son fils Judichael, frère de saint Josse.
2.2 Sed idem iudichail [iudicail] cum regnare coepisset, post aliquot tempus comam capitis radens clerificatus est (clericus factus est), quae tamen devotionis eius tonsura non multo tempore in illo mansit. Nam fertur quod posthac crinem sibi crescere dirnisisset et ad laicum revertisset habitum. [Nam fertur post haec crinem sibi crescere dimisisse et ad laicum habitum revertisse.] Dum itaque huius modi iure regnum teneret [teneret regni iura], post aliquantos [aliquot] annos cepit penitere de propriis actibus ac tali ad saeculum reversione. 2.2 Mais Judichael, après quelque temps de règne, se fit raser la tête, et devint clerc. Pourtant il ne garda pas longtemps cette pieuse tonsure. On raconte que dans la suite il aurait laissé sa chevelure pousser, et qu'il serait revenu à l'état laïc. Alors qu'il occupait de cette façon le pouvoir royal, au bout de quelques années il se repentit de ses actes et de ce retour à la vie du siècle.
2.3 Sicque factum est, ut ad quendam dei servum nomine caroth veniens consilium ab eo de (super) hac re devotus quereret. Qui mox saluberrimis eum monitis hortatus est regnum dimittere seculare, sibique fratrem esse iudocum nomine, qui illud regere bene posset indicavit. Decretum est igitur a praefato rege iudichail [iudicail], ut frater [eius] iudocus regnum suscipere deberet [idem]. Sed hoc benedictus domini iudocus minime assentiens inducias VIII dierum poposcit, aliud scilicet interim rnagis eligere disponens. 2.3 La conséquence fut qu'il vint demander pieusement son conseil sur cette question à un serviteur de Dieu nommé Caroth. Celui-ci lui donna de salutaires avis, en l'exhortant à abandonner une royauté mondaine, et il lui indiqua qu'il y avait un homme qui pouvait régir ce royaume, son frère nommé Josse. Ledit roi Judichael décida donc que son frère devait recevoir ce pouvoir royal. Mais, Josse, cet homme béni de Dieu, s'y refusa totalement, et demanda un répit de huit jours, car il voulait choisir une autre solution pendant ce temps.
3. 3.1 ltaque dum haec agerentur, quadam die iudocus prae foribus rnonasterii quod Lanmailmon nominatur ubi litteras didicerat adstans vidit quosdam undecim iter agentes. Quoscum interrogaret quo tenderent gressum, respondentes dixerunt se romam pergere velle. Quo audito iudocus adhuc laicus absque ulla dilatione baculum tantum ac tabulam manu arripiens secutus est eos et viam pariter carpebant unam. 3.1 Durant ces évènements, Josse se tenait un certain jour à la porte du monastère nommé Lan-Mailmon, où il avait reçu son éducation, il vit passer onze voyageurs. Il leur demanda le but de leur voyage, ils répondirent qu'ils voulaient aller à Rome. Sur cette réponse, Josse, encore laic, les suivit sans délai, sans rien prendre, sinon un bâton et une tablette, et ils firent route ensemble.
3.2 Pergentibus autem eis ventum est ad fluvium quendam qui dicitur cosmun; quo citius transito eundem virum domini iudocum [iudochum] attondentes clericum fecerunt. Quod cum fecissent [promoventes] inde venerunt ad civitatem quae vocatur abrincatis [avrencadis] et ibi manserunt. Inde progressi venerunt ad carnotum civitatem. Atque deinde mox cum festinatione gradientes profecti sunt ad civitatem parisius, qua tunc temporis sedes habebatur regia. Et cum per aliquod ibidem fuissent dies, egressi ex ea reflexo iam itineris calle ambianensium protinus gressum dirigebant ad urbem. 3.2 Leur marche les amena à un fleuve nommé le Couesnon, ils le franchirent rapidement, puis tonsurèrent Josse, cet homme de Dieu, pour le faire clerc. Après cet acte, ils quittèrent ce lieu, et arrivèrent à Avranches, et y séjournèrent. Puis ils se dirigèrent vers la cité de Chartres. Puis encore, dans une marche rapide, ils partirent vers la cité de Paris, qui était alors le siège de la royauté, ils y restèrent quelques jours, enfin, prenant une route opposée, ils dirigèrent leurs pas vers Amiens.
3.3 A qua iterum post tempus aliquod egressi ad plagam aquilonalem [orientalem] faciem convertunt; ac ducente itineris calle veniunt iam ad flumen quoddam, cui nomen est alteia in loco qui nuncupatur villa sancti petri. Sicque in pago pontivo morantes venerunt ad ducem quendam illic [residentem] virum nobilem nomine haymonem, a quo statim benigna sunt mentis devotione suscepti.
Quos ille triduo secum retentans consolationis gratia refovebat.
3.3 Peu de temps après, ils quittent cette ville, se tournent vers la région du Nord, et, suivant la route, ils arrivent à un fleuve nommé l'Authie, en un lieu portant le nom de Domaine de Dom-Pierre. Pendant ce séjour dans le pays de Ponthieu, ils rencontrèrent un duc qui avait sa résidence à cet endroit, le noble homme Haymon. Il les reçut avec courtoisie et piété, les retint chez lui pendant trois jours, en les soignant et les réconfortant.
4. 4. Postea vero considerans haymo [aymo] praefatus dux iudocum [iudochum] iuvenem elegantem perspexit in illo quoddam supernae gratiae munus inolescere bonisqe simul moribus fore imbutum. [Ilico enim] tunc vir domini iudocus iuvenili ad huc florens etate caeteros undecim pia precellens religione [eisque] laudabilior habebatur. Videns itaque haymo (aymo) certius hoc ita se haberi divino inspiratus nutu iuvenem iudocum [iudochum] secum retinuit ceteros cum benedictione (abire) permittens. Atque eum non post multos dies ecclesiasticis gradibus sublimari fecit, quoadusque in eius capella presbiter ordinatus est, in qua septem annis sacerdotali functus est officio. Interea duce eodem rogante filium eius beatus vir domini iudocus [iudochus] ex sacro sancto baptismatis fonte excepit, et impositum est [ei] nomen ursinus. 4. Dans la suite, le dit duc Haymon, observant ce jeune homme distingué qu'était Josse, s'aperçut qu'un don de la grâce céleste croissait en lui, et que sa moralité serait parfaite. Car, à cette époque, Josse, cet homme du Seigneur, tout en étant encore dans la fleur de l'âge, dépassait les onze autres par son obéissance à la religion, et était l'objet de plus de louanges. Donc Haymon, voyant cette situation se confirmer, poussé par l'inspiration divine, retint chez lui le jeune Josse, et laissa partir les autres en les bénissant. Peu de jours après, il le fit élever dans les grades ecclésiastiques, jusqu'à ce qu'il fût ordonné dans sa chapelle. Pendant sept ans il s'y acquitta de la fonction de prêtre. Durant cette période, à la demande du duc, Josse, cet homme de Dieu, tint le fils du duc sur la fontaine du saint baptême, et on lui donna le nom d'Ursin.
5. 5. Expleto denique septern annorum curriculo isdem vir sanctus maiore [iam] superni amoris tedio compunctus huius modi conversationem relinquere atque secretiori loco vitam ducere desiderabat. Accedens igitur ad haymonem devota mentis supplicatione postulabat, ut sibi licentia ad serviendum liberius deo daretur, quatinus secretior ei locus esset ad inhabitandum ubi pro se et suis omnibus orare quieto potuisset ordine. Huic protinus voluntati assensum haymone [aymone] praebente veniunt pariter ad locum qui dicitur brahic qui locus eiusdem fluminis alteiae rivulis undique circumdatus luculentus habetur. Hunc ergo locellum considerantes beatus iudocus [iudochus] habitationem sibi illac [illic] construere congruam commodum duxit. 5. Après sept années écoulées, le saint homme, frappé de remords à la pensée de l'amour céleste, désira abandonner ce genre d'existence, et vivre dans un lieu reculé. Il alla trouver Haymon, et le supplia avec déférence de lui accorder la permission de servir Dieu plus librement, il lui demandait un lieu reculé pour son habitation, où il pourrait tranquillement prier pour lui et les siens. Haymon donne aussitôt son consentement à ce désir, ils arrivent ensemble à un lieu nommé Bray, lieu agréable entouré de tous côtés par les bras du fleuve de l'Authie. Ils observèrent ce lieu, et St Josse jugea opportun de construire à cet endroit l'habitation qui lui convenait.
6. 6. Aedificata vero ibi ecclesia simul et domuncula iam quaedarn miraculorum signa domino largiente qui sanctos suos mirificat fieri incipiebantur. Fertur narnque quod idem vir dei volucres ibidem diversi generis pisculos etiam manu sua velud mansuetissima pecora pascere consuevisset. [fertur.. idem vir ... consuevisse.] Quae videlicet aviculae et pisculi rnore solito de rnanu [escam] viri (sancti) dei sumere [fumere] veniebant et iterum abibant ad instar colurnbarum. 6. Apres lédification d'une église et d'une petite demeure, des signes miraculeux commencèrent à se manifester, par la grâce de Dieu qui veut illustrer ses saints. On raconte par exemple que cet homme de Dieu nourrissait de sa main des oiseaux de diverses races, et aussi des poissons, comme s'il s'agissait de troupeaux domestiques. Ces oiseaux et poissons avaient lhabitude de venir chercher leur nourriture de la main de l'homme de Dieu, et s'en retournaient comme auraient fait des colombes.
7. 7.1 Nec est etiam illud silentio praetereundum, quod in ipsis diebus factum qui [cum] bene noverunt asserebant. Dum isdem athleta Xpi iudocus cum discipulo suo vurmario solus in eadem cellula degeret contigit quadam die ut eis unus solum modo panis remaneret ad victum necessarium. Factum est autem orante eo in ecclesia in qua (se) domino sollers [vota] precibus commendabat, quidam pauper ianuam pulsans alimoniam peteret [petebat] sibi dari. Quo audito vir bonus misericordia plenus ait ad discipulum suum: quantum, inquiens, super est nobis de pane? Qui respondens ait: unum [domine] pater mi habemus (solum modo) paximatum ad victum dumtaxat percipere hodiernum. At ille: Sume, inquit, hoc ipsum et eum in duas divide sectiones; unum [unam] ex his repartiens alteram da illi qui vociferat inopi. Quod durn [cum] factum fuisset non post multum temporis intervallum, alius venit elemosynam sirniliter querens, cui mox alius panis quadrans iussus est dari. 7.1 Il ne faut pas non plus passer sous silence un fait qui se produisit alors, selon l'affirmation de témoins qui en eurent une bonne connaissance. Cet athlète du Christ, Josse, vivait dans une cellule en la seule compagnie de son disciple Wurmer, quand, un jour, le hasard fit qu'il ne leur resta qu'un seul pain pour les nécessités de leur nourriture. Or, tandis qu'il priait dans l'église, où, dans des oraisons pleines de zèle, il adressait des vux au Seigneur, un pauvre frappa à la porte, et demanda l'aumône. A cette demande, notre homme plein de bonté et de pitié dit à son disciple: "Combien avons-nous encore de pain?". Il répondit: "Mon Seigneur et mon Père, nous n'avons plus qu'un biscuit, mais il est destiné à notre nourriture d'aujourd'hui". Et lui: "Prends-le, coupe-le en deux morceaux, mets-en un de côté, pour le donner à cet indigent qui pousse des cris". Peu de temps après cela, un autre arriva demandant aussi l'aumône. L'ordre aussitôt fut donné de lui en donner aussi un quart.
7.2 Et post hoc [haec] spatio [quasi] horae unius transacto tertius a longe aspicitur venire pauper. Huic quoque famulus Xpi iudocus tribuere tertium iubet quadrantem. Quod vurmarius moleste ferens aiebat: Medietate iam panis distributa [medietas ... est distributa] non vis ut saltem reliqua servetur [nobis reservetur]? Quem pater exhortans: non, inquit, sollicitus sis, fili, de cybo et potu. Memento promissionis eius qui dixit: date et dabitur vobis. Et huic cum datus esset panis vix inde recesserat et egenus accessit quartus ad comprobandum videlicet sacerdotis dei pietatis officium. Illo itaque pulsante ad hostium electus Xpi miles iudocus: porrige, ait [vurmario], et isti quod reliquum est de pane. Qui animo commotus amaro: vis, inquit, mi pater, ut nihil nobis rernaneat cibi et ambo pariter fame pereamus? [famis consumamur inopia?] 7.2 Puis, une heure après, on vit de loin un troisième pauvre arriver. A celui-là aussi, Josse, le serviteur du Christ, fait donner un troisième quart. Wurmer le supportait mal: "Nous avons déjà distribué la moitié du pain, et tu ne veux pas que nous gardions au moins le restant?". Le Père lexhorta: "Mon fils, ne te soucie pas de nourriture et de boisson. Souviens-toi de la promesse de celui qui a dit: donnez et on vous donnera". A peine l'indigent avait-il reçu le pain, et s'était-il écarté, qu'un quatrième indigent s'approcha, pour éprouver chez le prêtre de Dieu le sens de ses pieux devoirs. Et tandis qu'il frappait à la porte, Josse, ce soldat élu par le Christ, dit à Wurmer: "Présente-lui ce qui reste du pain". Et l'autre, plein d'amertume: "Mon Père, tu veux qu'il ne nous reste aucune nourriture, et que nous mourions de faim tous les deux?".
7.3 Cui venerabilis pater iudocus respondisse fertur [Ad quem sic pater respondisse fertur]: nolo fili mi, nolo ut ex hoc aliqua in animo tuo generetur molestia. (At) magis huic [egenti] porrige [illud] quod remanserit de pane; aequo esto animo; nullatenus etiam turberis [perturberis]. Adhuc enim hodie omnium bonorum largitor potens est haec restituere nobis. Tunc demum Vurmarius hac fide roboratus quod residuurn erat de pane vociferanti dedit egeno. 7.3 On dit que Josse, ce Père vénérable, lui répondit: "Non, mon fils, je ne veux pas te laisser gagner par un sentiment de malaise. Présente plutôt à cet indigent le restant du pain. Sois courageux, ne sois plus troublé. Car aujourd'hui encore Celui qui accorde tout bien est capable de nous restituer ceci". Alors enfin Wurmer, à qui ce témoignage de foi rendait courage, donna le restant du pain à l'indigent qui poussait des cris.
8. 8. Enique beatus pater iudocus vix unum [hunc] exhortationis compleverat sermonem et ecce quatuor naviculae copia cibi et potus onustae per suprascripti [supradicti] fluminis rivulos trahebantur, quas omnipotentis dei dispensatio [dispendio] per fideles sibi largitores ministrabat. Siquidem in vicinis locis [loci] illius boni homines habitantes eidem servo domini saepe ad miraculum in rebus necessariis praebere solebant. Sed hoc nimirum magna dei clementia provisum est, ut dum vir domini nihil de cibo sollicitus crastino totum victum suurn quatuor diviserat pauperibus, ei nulla impediente mora quatuor carinae cibo potuque mitterentur plenae. 8. Josse, ce saint Père, avait à peine terminé son exhortation que quatre barques chargées de quantité de nourriture et de boisson arrivaient, tirées le long des rives du fleuve dont nous avons parlé. Dieu tout puissant en dispensant ces biens apportait des secours qui devaient être portés par les fidèles répartiteurs de ses largesses. Certes les hommes de bien habitant le voisinage offraient habituellement le nécessaire au serviteur de Dieu. Mais ce fut alors évidemment la clémence de Dieu qui veilla: l'homme de Dieu, qui ne se souciait pas de la nourriture du lendemain, avait distribué toutes ses victuailles à quatre pauvres, mais, sans délai, il reçut quatre bateaux pleins de nourriture et de boisson.
9. 9.1 In hoc itaque loco vitam sanctam octo annorurn curriculo vertente spatiulo ducebat beatus iudocus [iudochus]. At vero iam invidus totius humani generis felicitati impiusque temptator insidiabatur illi, cupiens eius animum diversis affligere curis. Cum autem die quadam vir venerabilis haymo [aymo] more solito ad eum visitandi gratia venisset, rogatus est a servo domini cum omni diligentia ut alium sibi ad inhabitandum praevideret locum, ob nimiam videlicet malignorum spirituurn infestationem habitationem illam deserere volens. 9.1 C'est ainsi que vivait en ce lieu St Josse, pendant une durée de 8 ans. Mais alors le tentateur impie, jaloux du bonheur de tous les humains, lui tendit des embûches, et chercha à meurtrir son âme de multiples tracas. Un jour, selon son habitude, Ie vénérable Haymon vint le voir, et le serviteur de Dieu lui demanda en toute hâte de lui trouver un autre lieu d'habitation, car il voulait abandonner cette demeure, en raison des mauvais esprits qui l'attaquaient avec acharnement.
9.2 Cui dux praefatus blando loquitur sermone: Est, inquiens, super aliud flumen quod quantia dicitur locus habitationi tuae forsitan aptior, qui vocatur runiacus. Illuc ergo properantes consideremus pariter quem magis eligere velis. Venerunt igitur ad praefatum locum qui eius habitatione mox dignior repertus est, et aedificato oratorio in honore sci Martini confessoris magni atque pontificis XIV [quatuordecim] annis ibidem degens duxit vitam solitariam. 9.2 Le duc lui parla avec sympathie. "Il y a, lui dit-il, sur un autre fleuve qui s'appelle la Canche un lieu qui serait sans doute plus approprié à ton habitation. Ce lieu se nomme Runiac. Hâtons-nous d'y aller, et cherchons ensemble un séjour qui aura tes préférences." Ils arrivèrent à cet endroit, et le trouvèrent aussitôt préférable comme séjour. II bâtit un oratoire en l'honneur de St Martin, ce grand confesseur et pontife, il y demeura 14 ans en menant la vie d'un solitaire.
10. Eodem tempore pater sanctus gallinas sibi nutrire consuerat, quae tunc fortuitu XI cum XIImo gallo erant; sed eas aquila interdum devorare coepit. Cum itaque hoc vurmarius minister eius compertus fuisset [comperisset], indicavit viro domini, quod ille audiens quasi pro nihilo duxit. Jam vero pervices XI gallinis ab aquila raptis gallus ad ultimum unguibus infestae avis arreptus portabatur. Quod dum venerabilis dei cultor iudocus [iudochus] comperit, moleste quidem tulit ac protinus ipsam aquilam longius avolantem dato signo crucis post eam comminatus est, ut illaesum sibi cum festinatione reduceret gallum. Cuius imperio aquila parens reversa est et ante faciem beati iudoci [iudochi] gallum incolumem exponens [deponens] continuo expiravit. 10. A cette époque, ce saint Père élevait des poules, En une certaine circonstance, elles étaient au nombre de 11, avec un coq en plus. Un aigle entreprit de les dévorer. Wurmer, serviteur de l'homme de Dieu, s'en aperçut, et lui indiqua le fait. Mais, lui, ne prêta pas attention à ce qu'on lui disait. Mais tour à tour 11 poules avaient été enlevées par laigle, et, à la fin, le coq fut saisi par les griffes de la bête acharnée et fut emporté. Lorsque le vénérable adorateur de Dieu, Josse, s'en rendit compte, il en fut très peiné, et aussitôt après, adressa à l'aigle qui s'envolait au loin un ordre comminatoire accompagné d'un signe de croix en sa direction: il devait ramener rapidement le coq sans dommage. L'aigle obéit à cet ordre, revint, déposa le coq en bon état, puis expira.
11. 11.1 Precedente [procedente] vero tempore infestus humani generis inimicus versus in colubrum [sanctum adiens virum] (sancto viro) horribilem in eius pedem ausus est dare morsum. Quod cum dolore vir domini sensisset, amaro graviter ferens animo cogitabat ex eo citius migrare loco. More denique consueto vir nobilis haymo [aymo] cum eum illic die quadam visitaret famulus Xpi iudocus humiliter eum postulabat, ut se exinde expelleret atque ad aliam migrare sineret locum. Quod mox haymo consentiens: propinquemus, ait, ad mare, in [hanc] solitudinem vastam. Erat quippe tunc temporis in eo loco quo disponebat ire densissima silva. Et dixit: consideremus pariter si forte ad huc congruentiorem tibi domini misericordia demonstraverit sedem. 11.1 Le temps s'écoulait. L'ennemi acharné du genre humain se changeant en serpent aborda le saint homme, et osa lui faire une terrible morsure au pied. Sous l'effet de la douleur, l'homme du Seigneur s'en aperçut, il en conçut une grande amertume, et songea à quitter rapidement ce lieu. Un jour enfin où le noble Haymon, selon son habitude, venait le voir en cet endroit, le serviteur du Christ lui demanda humblement de lui laisser quitter ce lieu et s'établir ailleurs. Haymon y consentit aussitôt, et lui dit: "Rapprochons-nous de la mer, allons vers cette vaste solitude". Il y avait alors en effet une épaisse forêt dans le lieu vers lequel il avait lintention d'aller. "Regardons ensemble, dit-il, si Dieu dans sa miséricorde ne nous montre pas une résidence encore plus appropriée".
11.2 Tunc nulla impediente mora reverentissimus dei servus iudocus asinum suum stravit et cum haymone simul easdem perrexit in partes. Cum ergo idem haymo venationem exerceret suam, beatus pater iudocus aptum sibi locum ad inhabitandum in heremo querebat [eodem]. Moxque reperto quodam fonte spes sibi ad inveniendum quod desiderabat succrescere coepit.
Venatione iam consecuta cum haymo aprum immanissimum illic in terram voti cornpos prosterneret, angustiare quidem propter aquam coepit, quam non habebant. Sed mox angustiam hanc versus dei servus iudocus procul ab eo repellens: noli, inquit vir timens dominum, noli propter aquam sollicitus esse, quin potius spera in dominum et ipse daturus est tibi aquas. His ita dictis haymo in exercitio venationis fatigatus sopori subito dederat membra. Cumque quiesceret, mox sanctus domini iudocus baculum quo utebatur in terram defixit cum invocatione domini ihsu Xpi, quem toto amabat affectu, toto diligebat intellectu, venamque fontis vivi aperiri deprecabatur uberiorem; ac deinceps misericordia dornini fretus, cum baculum ab humo extraxisset eundem, continuo latex emanavit sufficiens, aquam illis qui aderant ministrans vivam.
11.2 Sans tarder le très vénérable serviteur de Dieu, Josse, sella son âne, et s'en alla dans la même direction que Haymon. Pendant que celui-ci se livrait à la chasse, Josse, le bienheureux Père, se cherchait dans cette solitude un lieu propice pour son habitation. II trouva vite une source, ce qui augmenta son espoir de découvrir lobjet de ses désirs. Haymon poursuivait sa chasse, et il mit à bas un sanglier énorme, ce qui correspondait à ses vux, mais il commença à souffrir du manque d'eau, puisqu'ils n'en avaient pas avec eux. Rapidement, pourtant, le vrai serviteur de Dieu, Josse, écarta cette difficulté. "Toi qui crains Dieu, lui dit il, ne sois pas troublé à propos de l'eau, espère plutôt en Dieu, et il te donnera de l'eau". Sur ces paroles, Haymon, fatigué par lexercice et la chasse, avait laissé un rapide sommeil envahir ses membres. Pendant qu'il dormait, le saint de Dieu, Josse, planta en terre le bâton qui lui servait, invoqua le Seigneur Jésus-Christ que tout son cur lui faisait chérir, que toute son intelligence lui faisait choisir, et pria pour que se révèle un filet plus abondant de source vive. Aussitôt, confiant dans la miséricorde de Dieu, il sortit son bâton du sol, et un liquide abondant coula, fournissant une eau vive aux gens présents.
11.3 Quod cum factum esset expergefactus Haymo surrexit de lecto, in quo dormiebat, vidensque effluentem fontis venam admiratus est vehementer; jubente vero sancto iudoco ministri eius ibidem fossam quantulamcumque fecerunt, et magis ac magis fons pulcherrimus in eo exoriebatur qui usque hodie mirificus ab incolis vicinis simul et de longinquo venientibus nihilominus venerabilis habetur. Revera saepius illic infirmi venientes eiusdem fontis gustu sanitatem recepisse plures qui bene noverunt affirmant. 11.3 Après quoi, Haymon se réveilla, se leva de la couche où il dormait, vit le filet d'eau de source qui sortait et coulait, avec un profond étonnement. Sur lordre de St Josse, les serviteurs du duc firent à cet endroit une petite excavation, et voici qu'une belle source jaillissait en augmentant, source merveilleuse qui jusqu'à nos jours a fait l'objet d'une vénération auprès des populations des alentours et des voyageurs venus de loin. En vérité souvent sont venus là des malades, qui, après avoir goûté de cette source, ont recouvré la santé, comme l'affirment plusieurs témoins dignes de foi.
12. Interea vir domini per spineta paululum procedens devenit in valliculam quandam, ubi rivulum aquae perparvum repperiens ait: hic est cathedra, veluti diceret: haec erit sedes mea. His ita repertis haymo domum cum gratiarum actione revertitur suam, et famulus Xpi iudocus ipso in loco oratoria duo manibus suis nitebatur construere, unum videlicet beati petri principis apostolorum, aliud sancti pauli doctoris gentium venerationi deputans et utrumque ex lignis. Post haec vero praecepit haymo ut incideretur heremus qui erat in gyro densissimus quatinus locus ille habitationem dei famulo redderet aptam. 12. Là-dessus, l'homme de Dieu, s'avançant à travers les ronces, arriva à un vallon, où il trouva un petit ruisseau. II déclara: "Voici mon siège". Comme s'il avait dit: "ici sera ma résidence". Après ces découvertes, Haymon rentra chez lui en rendant grâce, et Josse, ce serviteur du Christ, travailla à bâtir en ce lieu deux oratoires de ses mains. Il réserva l'un au culte de St Pierre chef des apôtres, l'autre à celui de St Paul docteur des nations. Les deux étaient en bois. Puis Haymon fit faire une clairière dans cette solitude où la forêt était très épaisse à la ronde, pour que l'endroit se prête à la demeure du serviteur de Dieu.
13. 13.1 Hoc denique cum factum esset, sacerdos dei venerabilis licentiam ab haymone expetiit duce rornam pergere, quia videlicet praetiosa plurimorum sanctorum patrocinia secum inde reversurus tollere cupiebat. Igitur egressus a loco illo festinabat ad sancta beatorum apostolorum limina. Quo cum pervenisset, vota desiderii sui compleverat deo dignaque satis accepta. 13.1 Après ces évènements, le vénérable prêtre de Dieu demanda au duc Haymon la permission de partir pour Rome, car il voulait en ramener de précieuses reliques de nombreux saints. Il partit, et se hâta vers les temples sacrés des saints apôtres. Une fois arrivé là-bas, il accomplit ce qu'il souhaitait, souhaits bien dignes d'être exaucés par Dieu.
13.2 Factum est autem, cum huc rediret multa sanctorum reliquias afferens, praefatum iam heremi propinquabat ad locum, ubi sicut superius insertum est, duo oratoria aedificaverat. Erat ergo quaedam puella ex nativitate caeca in vicina eiusdem heremi villula cum patre suo manens, quae pridie quam servus Xpi iudocus rediturus erat, visum vidit in somnis, quod patri primo mane indicans ait: pater mi. Et ille: quid, inquit, vis filia mi? At illa: Servus dei quidam nocte sequenti venturus est ad montem non longe hinc situm; ad eum itaque, sicut in visione huius didici noctis si accessero cum fide credens, oculorum proculdubio novum percipiam per domini misericordiam lumen. Si enim ex aqua qua manus suas idem athleta Xpi laverit oculos aliquo rnodo contingere potuero et posuero super faciem meam, statim sanitatem meam reddituram arbitror. Puella itaque quae fuerat a die nativitatis suae caecata ad virurn dei iudocum cum patre deducta, cum ex aqua faciem lavisset suam, unde idem dornini lotus fuerat sacerdos, protinus visum sibi a domino meritis beati viri sensit donari, sicut crediderat, novellum. 13.2 Voici ce qui arriva à son retour, alors qu'il portait de nombreuses reliques de saints, et s'approchait du lieu de sa solitude, où il avait édifié deux oratoires, comme il a été dit plus haut. Il existait une jeune fille aveugle de naissance, elle vivait avec son père dans un village voisin de cette solitude. La veille du retour du serviteur du Christ, Josse, elle le vit en songe. Le matin elle en parla à son père. "Mon père, dit-elle - Que veux-tu ma fille ? - Un serviteur de Dieu va arriver au soir prochain sur une colline voisine d'ici. Si je vais le trouver comme je l'ai appris dans la vision de cette nuit, j'ai confiance, sans le moindre doute, de retrouver la lumière par la miséricorde de Dieu. Car, si avec l'eau que l'athlète du Christ aura utilisée pour se laver les mains, je puis me toucher les yeux et me baigner la figure, je crois que je reviendrai à la santé". Ainsi donc cette jeune aveugle de naissance fut conduite par son père auprès de Josse, l'homme de Dieu, et, dès qu'elle se fut lavé la figure avec l'eau que venait d'utiliser pour se laver le prêtre du Seigneur, elle sentit la vue lui revenir par un don du Seigneur en vertu des mérites du saint homme. Comme elle l'avait espéré avec confiance.
13.3 Illic ergo posita fuerat quaedam crux lignea ob memoriam videlicet huius miraculi, quod dominus deus fieri per famulum suum iudocum voluit. Quae crux ad huc hodie in alio remoto permanet loco, in monasterio scilicet ipsius sancti. Locus tamen isdem, in quo prius posita erat, usque in praesens crux dicitur 13.3 On avait donc placé là une croix de bois en mémoire de ce miracle, voulu par Dieu par lintermédiaire de son serviteur Josse. Cette croix existe encore aujourd'hui, mais en un lieu écarté, dans le monastère du saint. Quant au lieu où elle avait été placée auparavant, on l'appelle maintenant encore la Croix.
14. 14. Audiens autem haymo virum dei revertisse gavisus est gaudio magno exiliensque illi obviam honorifice eum excoepit. Habebat enim iam tunc ecclesiam novam ex petris constructam, quae mox, postquam dei famulus roma veniens in eam patrocinia detulerat multa, dedicata est in honore sancti martini. In eadem itaque cella tunc simul per triduum manserunt.
Post hac vero quia vir inlustris haymio erat. quippe multas habens possessiones tradidit ipsum locum cum appendicibus suis beato iudoco in opus. His ita consideratis haymo vir sagacis ingenii cum beato dei servo iudoco simul pergens venit ad quandam villam ex proprietate sua nomine locum. Ouam etiam mox cum omnibus ad eandem pertinentibus eidem cellae sancti iudoci dotem faciens tradidit. Hac ergo traditione peracta iudocus vir Xpianissimus in eadem cellula multis postea usque ad obitum sui vixerat annis.
14. À l'annonce du retour de l'homme de Dieu, Haymon se réjouit vivement, sortit à sa rencontre, et le reçut avec des marques d'honneur. Il avait fait construire auparavant une église neuve en pierre, et, peu après le retour de Rome du serviteur de Dieu, et le dépôt dans cette église de nombreuses reliques, elle fut dédiée en l'honneur de St Martin. Ils restèrent alors ensemble dans cette retraite pendant trois jours. Puis, parce que Haymon était un homme noble possédant de nombreux biens, il donna ce lieu avec ses dépendances au profit de St Josse. Après ces décisions, Haymon, homme de grande sagesse, se dirigea en compagnie St Josse, ce serviteur de Dieu, vers un domaine qu'il possédait du nom de Loc. Il en fit don avec toutes ses comme dépendances à Stl Josse pour en faire sa retraite. Cette donation étant ainsi acquise, Josse, ce grand chrétien, vécut de nombreuses années dans cet eremitage jusqu'à sa mort.
15. 15.1 Postquam vero eius sanctissima anima idus decembris carnis domicilium deserens ad perpetuam caelestis regni migraverat felicitatem, duo nepotes sui vinnoch scilicet et arnoch, in eius succedentes locum corpus beati viri exanime quod incorruptum diu mansit, frequenter lavare cum aqua atque tondere consueverant. 15.1 Puis, lorsque cette âme très sainte quitta son habitation charnelle un 13 de décembre, et s'en alla vers léternité bienheureuse du royaume céleste, ses deux neveux, Winnoc et Arnoc lui succédèrent. Quant au corps sans vie du saint, qui demeura longtemps sans connaître la corruption, ils le lavaient fréquemment à leau et le rasaient.
15.2 Hoc igitur quidam dux, haymonis successor, deochtricus nomine moleste tulit et hoc explorare procaciter cupiens ad hanc usque deductus est rnentis insaniam, ut contra voluntatem dei atque custodum eiusdem loci per vim sepulchrum aperire fecit, sciscitare volens utrum verum esset, quod corpus sancti integrum adhuc persisteret. Quod dum absque ulla intuitus fuisset reverentia, subito exterritus ait: Ah sancte IVDOCE. Et statim mutus et surdus factus est atque omni corpore debilitatus usque in finem vitae suae permansit. Hoc itaque, cum uxor eius comperisset factum, contristata est valde ob tantam scilicet viri sui ignaviarn, qua venerandum viri dei violare ausus fuerat tumulum. Dedit denique ad sacrum sancti viri sepulchrum pro munere placationis villam proprietatis suae nomine crispiniacum et in aliis locis etiam dedit ultra quantiam fluvium similiter rura non pauca flagitans et si jam corporis membrorum privatus esset officio, saltem anima illius a culpa huiusce modi temeritatis liberari mereretur. 15.2 Un certain duc, héritier d'Haymon, du nom de Drochtric, trouvait choquant tout ceci, il avait un désir éhonté de s'en rendre compte par lui-même. Sa folie l'amena au point que, sans égard pour la volonté de Dieu et celle des gardiens du lieu, il fit ouvrir de force le sépulcre, pour découvrir si vraiment le corps du saint restait encore intact. Il le regarda sans le moindre respect, puis fut frappé d'une crainte subite. Il s'écria: "Ha, saint Josse!". Et tout à coup, il devint sourd et muet, et resta jusqu'à la fin de sa vie impotent de tout son corps. Son épouse, à ce spectacle, fut très affligée, car elle pensait à ce grand crime de son mari, qui avait osé violer le tombeau vénérable de lhomme de Dieu. Elle donna ensuite au sépulcre sacré du saint, pour obtenir un pardon, un domaine de ses biens du nom de Crépigny. Et encore en d'autres lieux, elle donna en même temps, au-delà du fleuve de Canche, des terres en grand nombre. Elle demandait que, bien que son mari eût été privé de lusage de ses membres, son âme, du moins, méritât d'être délivrée de la culpabilité attachée à une telle audace.
15.3 Hinc vero mutis loquelam, surdis auditum, caecis visum, claudis gressum, infirmis etiam quibusque venientibus meritis beati iudoci intervenientibus frequenter ad eius tumbam dominus et redemptor noster sanitatem redintegrare plenam dignatus est, qui vivit cum patre in unitate spiritus sancti deus per immortalia saecula saeculorum. Amen. 15.3 A partir de là notre Seigneur et Rédempteur, par de fréquents effets de sa grâce, rendit auprès de ce tombeau aux sourds louïe, aux aveugles la vue, aux boiteux la marche, à tous les infirmes enfin qui venaient la santé parfaite, par l'intercession et les mérites de St Josse.
Explicit vita beati iudoci sacerdotis